vendredi 29 mars 2013

Les critiques du Goéland Masqué : " On the Brinks"

L'auteur, Sam Millar, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.


Tiocfaidh ár lá

(Notre jour viendra)

 

Sam Millar, sa vie, son œuvre, ici sa vie, surtout d'enfant pauvre de Belfast à la consécration littéraire, avec le statut d'un des auteurs les plus controversés d'Irlande. 

Une enfance pas des plus réjouissantes, entre une mère que la solitude ronge et qui noie son désespoir dans l'alcool, un père marin au commerce peu présent. Et déjà la discrimination et le communautarisme dans la famille avec une branche protestante.

Quelques petits boulots dont celui aux abattoirs (voir Redemption Factory), la mort à 17 ans de son ami, Jim Kerr, abattu par un loyaliste, puis la condamnation, aussi à l'âge de 17 ans à trois ans de prison pour "Appartenance à un groupe illégal"! Commence alors un séjour à la prison de Long Kesh dans les "H Blocks" de sinistre réputation.

L'état anglais veut imposer aux membres de l'IRA emprisonnés le port de l’uniforme des prisonniers de droit commun, alors qu'ils sont des prisonniers politiques. Commence alors pour Sam et beaucoup d'autres ce qu'ils nomment "La Rébellion", la grève de l'hygiène, le mouvement des "Blanket Men", puis les grèves de la faim qui entraîneront la mort de Bobby Sands et de neuf autres républicains irlandais.

On a de la peine à se dire que cet épisode de l'histoire se soit passé à même pas deux heures d'avion de Paris, dans un pays qui se veut un modèle de démocratie et chose encore plus choquante dans une espèce d'indifférence de l'Europe. Pragmatisme politique oblige!

Car le bras de fer entre l'administration britannique et les prisonniers républicains fut long et douloureux pour ces derniers. Ce que Sam explique parfaitement dans ces quelques lignes :
 
- J'étais loin de me douter qu'aucun d'entre nous ne rentrerait vraiment chez lui. Nous avions été cuits dans une fournaise. Nous avions changé. Complètement et pour toujours. Nous ne serions plus jamais les mêmes. Dans nos têtes, nous étions foutus pour toujours. 

Est-il possible après avoir vécu cet enfer pendant huit ans de se reconstruire? Direction New-York pour tenter de sauver ce qui est encore sauvable dans la vie d'un homme! Une fausse identité pour oublier? Un début de séjour calme, travail dans un casino, beaucoup d'argent brassé, un ami qui bien entendu vous veut du bien! Un casse presque parfait, trop énorme pour que les victimes oublient ; la prime offerte atteint des sommes faramineuses, et la police est sur les dents.

Et donc retour à la case prison.....et une amère constatation, l'argent est la seule chose capable de corrompre tout ce qu'il touche!

Sam, bien sûr, est le narrateur et personnage principal de ce récit, que dire si ce n'est qu'admirer la force de caractère et la volonté farouche de ne pas céder malgré les coups et les humiliations. Jusqu'où un homme peut-il aller pour défendre ses idées et un attachement exacerbé à son pays ? Très loin semble-t-il! Jusqu'à écrire plusieurs centaines de lettres au pape pour défendre la cause des prisonniers politiques d'Irlande du Nord!

Des personnages connus, une certaine "Dame de fer", fer blanc, c'est facile d'être dure pour ne pas dire inhumaine dans un bureau, entourée de gardes du corps...mais l'échéance est proche enfin! Des hommes politiques ou des ecclésiastiques, peu sont décrits sous un jour sympathique, même les leaders du Seinn Fein, et cela est relativement surprenant! Quant à l'église catholique, ses prises de positions contre les membres de l'IRA et sa mansuétude envers le pouvoir en place ne trouvent guère de crédit parmi les détenus réclamant le statut de prisonniers politiques.

Un grand merci, Sam et toute la famille te donne rendez-vous bientôt, à toi et à Bernie à Penmarc'h pour le festival du Goéland masqué. Je salue également Patrick Raynal et Madame que nous reverrons avec plaisir à Penmarc'h




Une critique
d'Yvon Bouëtté




"On the brinks" (extraits) :


- Nous étions le 30 janvier 1972, et personne n'imaginait le terrible cauchemar qui nous attendait. C'est devenu le moment phare de ma vie, un baptême du feu dans le monde réel d'un nationalisme en Irlande du Nord.

- Merde, nous étions meilleurs que les Spartiates. Nous étions les Blanket Men.

- La voix perçante de Thatcher crissait comme des ongles sur un tableau noir.

- L'église catholique, par le biais de ses prêtres les plus serviles, nous informa que : « Personne ne votera pour Bobby Sands». C'était tout à fait réconfortant de savoir que le gouvernement britannique et l'église catholique chiaient dans les mêmes pantalons.

- Pour quelqu'un habitué aux rues de Belfast, celles de New York étaient peu ou pas du tout impressionnantes.

- La brume se dégageant du sac soulevait l'estomac de la plupart des passants. Pas moins. J'avais subi bien pire. La Blanket Protest. L'abattoir.

- Trois ans de préparation et c'était bouclé en trois minutes. Pour une obscure raison, c'est moi qui me sentait volé.

- On pourrait mettre ma passion - ma dépendance - pour les comics américains directement sur le compte de mon père.

- Tous ces Feds semblaient avoir des noms à consonance irlandaise, avec de gros O' accrochés entre eux.

- Ce furent les mauvais jours de la Diesel Thérapy, une période d'essai pour ce qui allait venir.



Éditions : Seuil (2013) Titre original : On the Brinks, the extended edition.(2009).

jeudi 28 mars 2013

Les auteurs invités du 13e Festival : Carlos Salem


Carlos Salem

                                                                                                       Photo : Talou
Carlos Salem est devenu une figure du Festival. Et on le garde parce qu’en plus de son immense talent littéraire, il a aussi celui de nous arracher à l’ennui ! Il peut rater son avion… Il est capable, dans son agenda, de bloquer les bons jours mais le mauvais mois… Il a même envisagé de s’installer au Phare d’Eckmühl pour finir son dernier roman ! On ne sait pas encore ce qu’il nous réserve pour 2013, mais dans le pire des cas, il y aura toujours son dernier roman… et puis tous les autres… Et puis sa poésie… Et ses récits de bière-fiction… Et il a aussi un très beau répertoire d’histoires drôles.
                                  
                                   Aller simple (2009)
                                  Nager sans se mouiller (2010) (voir la critique)
                                  Je reste roi d’Espagne (2011) 
                                 Un jambon calibre 45 (2013)

Texte : Catherine Le Ferrand

Les auteurs invités du 13e Festival : Raúl Argemi


Raúl Argemí


Né en Argentine, Raúl Argemí vit aujourd’hui à Barcelone où il poursuit une œuvre marquée par la dureté de l’histoire et l’âpreté des lieux de ses origines. Un engagement militant pendant la dictature lui vaut de passer plusieurs années en détention. Aujourd’hui, c’est par l’écriture qu’il a choisi de s’exprimer. Le roman noir lui offre une scène de choix et ses expériences de vie une matière inépuisable. Et inversement.

                                     Patagonia Tchou-Tchou (2010)
                                     Les morts perdent toujours leurs chaussures (2007)
                                     Le Gros, le Français et la souris (2005)

mercredi 27 mars 2013

Les auteurs invités du 13e Festival : Briac

  

Briac 

 

                                                                                                       Photo : Talou

Si il a exercé pendant longtemps les métiers de décorateur, affichiste, et illustrateur, Briac avait en même temps la volonté de raconter des histoires en bandes dessinées. En 2008, il touchait (enfin) au Graal avec la parution d' « Armen » . Suivront « Les gens du Lao Tseu » en 2010.



lundi 25 mars 2013

L'affiche du 13e Festival du Goéland Masqué

Les critiques du Goéland Masqué : " Nager sans se mouiller "

L'auteur, Carlos Salem, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.


Juanito Perez Perez a un peu la tête de n’importe qui, une petite vie un peu minable, un divorce un peu sordide et une vie sentimentale qu’il vaut mieux passer sous silence. Bien rares sont ceux qui savent qu’il est aussi Numéro Trois, tueur à gage patenté, as de la gâchette, seize contrats à son actif, pas une bavure.

Lorsqu’il part en vacances avec ses enfants et qu’il se retrouve, à son corps défendant, dans un camping naturiste sur l’emplacement voisin de son ex-femme, et que rappliquent en prime Numéro treize qu’il n’a jamais pu encaisser, et son copain d’enfance qu’il n’a pas revu depuis quinze ans, ça fait beaucoup de coïncidences. Et s’il est sûr d’une chose, c’est "qu’il faut se méfier des coïncidences et des putes à petits seins".

Juanito va essayer d’y voir clair dans ce nid d’espions où on ne peut se fier à personne, affinant des stratégies de survie issues du manuel du Tueur à Gages tout en s’essayant au rôle de père modèle pour lequel il n’y a pas de mode d’emploi. Il en résulte une valse étourdissante de personnages et de situations dramatiques, loufoques, tendres ou érotico-gymniques, un genre de Fantasia chez les Ploucs à la sauce ibère, totalement réjouissant. Le tout est porté par une écriture sobre, efficace et caustique, juste dans tous les registres, et qui parvient à transformer un roman d’espionnage décalé en questionnement doux-amer sur l’identité, la transmission et l’amour. Une jolie performance !

Carlos Salem, Nager sans se mouiller (Matar y guardar la ropa) traduit de l’espagnol par Danielle Schramm, Actes Sud



 Catherine Le Ferrand







Les critiques du Goéland Masqué : " Redemption Factory "

L'auteur, Sam Millar, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.


L’Irlande de Sam Millar n’est pas celle des paysages ruraux de la « verte Erin » qu’un flot de touristes, nostalgique d’un Eden fantasmé, cherche à retrouver à chaque visite. Certes, dans le classique, vous retrouverez un pub à Guiness, la passion du héros pour le snooker, l’évocation de vieilles légendes qui nous disent que dans le « Warrior Field » se trouvent les restes de centaines de combattants massacrés par les Vikings et dès l’ouverture du roman, l’agonie d’un prisonnier torturé par ses camarades pour avoir trahi la cause révolutionnaire. Mais le récit de Millar se situe à un autre niveau…

La Redemption Factory est un gigantesque abattoir de Belfast à la limite d’une zone industrielle à l’abandon où "les wagons déglingués achèvent de mourir de vieillesse et de rouille" sous un temps sombre et maussade où s'exhalent les odeurs de renfermé et les relents d’urine. C’est pourtant là que Paul, au chômage depuis un an, se présente pour un éventuel emploi. Il ne se doute pas qu’il ouvre les portes de l’Enfer...Seuls existent dans cet univers ceux qui ont le pouvoir : Violet l’inquiétante secrétaire "à la tête anormalement grosse et à la peau pourrie", Taps l’homme de main du patron Shank dont l’admiration qu’il porte à William Blake n’est pas le versant le plus rassurant de sa personnalité. Enfin Geordie l’infirme, l’air enragé, qui est la tueuse en chef de l’abattoir et qui fera passer à Paul un baptême/bizutage sous le signe du Sang. Les autres, la masse anonyme des ouvriers est réduite dans une stricte hiérarchie du travail, à la couleur des casques qu’ils portent, à la seule fonction qu’ils exercent et aux dépenses effectuées au pub ou dans la boutique d’un prêteur sur gages. Là vit et travaille un étrange couple : Philippe Kennedy amateur de livres anciens (dont on apprendra à la fin du roman ses liens avec Paul) et Cathleen son épouse, âpre au gain, alitée en permanence, exprimant sa haine du genre humain par tous les orifices de son corps.

Au cœur de cette damnation sociale peut-on être sauvé ? existe-t-il une chance quelconque de rachat ? Lucky Short, looser sympathique, seul ami de Paul pourrait faire partie des élus s’il n’était aussi lâche et couard ; c’est d’ailleurs lui qui provoquera la catastrophe finale… à laquelle peu réchapperont.

On l’a bien compris, dans cette œuvre le roman Noir côtoie le fantastique et l’épouvante et c’est tout le mérite de l’auteur de savoir mettre en scène les noirs desseins de l’âme humaine. Si le livre une fois commencé ne vous lâche plus et une fois refermé continue à vous hanter c’est aussi grâce à la traduction de Patrick Raynal qui a fait connaître Sam Millar en France.

• Redemption Factory est le second roman de Sam Millar ancien combattant de l’IRA, condamné à 14 années d’emprisonnement à Long Kesh : "nu dans ma cellule et battu tous les jours, ceci ne cesse de hanter mon écriture …la littérature Noire est le meilleur moyen de faire sortir de mon âme les aspects les plus noirs de l’humanité, que mon expérience m’a conduit à rencontrer".

• Sam Millar vit aujourd’hui à Belfast.


Roger Hélias







Les critiques du Goéland Masqué : " Poussière tu seras "

L'auteur, Sam Millar, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.


Que cache ce paysage cafardeux des environs de Belfast ? ces zones périphériques occupées par un terrain vague où seules les ruines d’un orphelinat attestent d’une vie antérieure ? Que cache la « Barton Forest » aux buissons d’aubépine et aux sous- bois tellement inaccessibles ? A cet endroit hostile, seulement visité par les animaux sauvages et les laissés pour compte de la société, s’est aventuré le jeune Adrien Calvet lors d’une journée d’école buissonnière. Son don d’observation et son esprit fouineur lui font découvrir un os avec « du sang séché et des bouts de viande » puis une poupée saisie par la glace sur des eaux gelées. Si tout au moins il pouvait se confier à son père Jack, détective privé et ancien flic de qualité, mais celui-ci, depuis la mort accidentelle de sa femme, a plongé dans l’alcool et se désintéresse de son fils…

Qui sont réellement les deux vieux barbiers, Joe Harris et Jeremiah Grazier qui, dans leur vieille boutique, répugnant à tout changement, continuent à exercer leur métier comme autrefois, au seul rasoir ?

Dans ce premier roman paru en 2006 en Irlande (The Darkness of the Bones) Sam Millar annonce son goût pour les atmosphères angoissantes dans des histoires habilement construites où, après un exposé des caractères et de l’univers des protagonistes s’ouvre une deuxième partie haletante puis terrifiante, d’un père à la recherche de son fils. Dans ce bout d’Irlande hors du temps, les rapports de sexe et de mort continuent de marquer à jamais les consciences et les actes. Ce n’est pas l’arrivée du printemps qui donnera un vain espoir car, comme le dit Jack à la dernière page, « c’est le système qui a foiré ».

NB : ce roman s’inspire de faits authentiques.


 Roger Hélias




Les critiques du Goéland Masqué : " Delirium tremens "

L'auteur, Ken Bruen, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué


La littérature Noire américaine a popularisé la figure du privé comme antihéros d’un pays, loin d’être aussi serein et triomphant que sa puissance pouvait le laisser entendre.

L’Irlandais Ken Bruen, dans ce roman publié à l’origine en 2001, au moment même où l’Irlande aux yeux de nos libéraux européens subjugués, devenait un modèle de bon élève de la classe, met en scène le privé Jack Taylor dans un pays où, comble d’ironie « il n’y a pas de détectives privés ».

Exclu de la Garda Siochana (police) non par alcoolisme (« je ne dessoulais pas… un garda abstinent est considéré avec méfiance quand ce n’est pas avec une totale dérision ») mais parce qu’il a écrasé son poing « sur la gueule d’un politicien en vue », notre (anti)héros est réduit à tenir permanence au Grogan’s « le plus ancien pub de Galway à ne pas avoir changé ».

Plus que l’intrigue au dénouement (presque) prévisible, ce qui intéresse Ken Bruen c’est Jack Taylor : ses états d’âme, ses amours impossibles, ses amitiés contrariées, ses cuites, ses périodes de sevrage, ses séjours à l’hôpital ou en asile psychiatrique et Galway, non pas celle du miracle économique et des nouvelles technologies mais celle qui a préservé son authenticité à l’écart des mutations architecturales et sociologiques. Entendons-nous bien, Bruen ne se réfugie pas dans une nostalgie qui nous rappelle, dans un autre domaine, un certain journal TV à 13H. Porté par de courts chapitres (jamais plus de six pages), par des dialogues vifs où l’humour est toujours présent, le roman se lit vite (c’est l’une des constantes de l’auteur) et avec un très grand plaisir. Ajoutons à tout ceci des références à la culture rock, à certains auteurs de la littérature Noire, au cinéma, sans que tout cela ne soit, comme on le lit trop souvent ailleurs, prétentieux et inutile et nous obtiendrons un renouvellement d’un genre qui ne cesse d’être revisité par des auteurs talentueux.



  
Roger Hélias



Les critiques du Goéland Masqué : "Le petit bleu de la côte Ouest"



Georges Gerfaut ne se pose pas de questions. Ou alors, si ça lui arrive, il s’empresse de les noyer dans le Cutty Sark. Il lui arrive aussi de faire des choses qu’il ne comprend pas. Par lassitude, ou par ennui. C’est comme ça qu’il file à l’anglaise après avoir déposé aux urgences un accidenté de la route qu’il a cueilli par hasard dans un coin de fossé. C’est comme ça aussi qu’il ne peut pas savoir que le blessé en question n’a pas raté son virage tout seul, mais qu’on l’a un tout petit peu aidé, avec trois balles dans le buffet. Alors, évidemment, il ne peut pas comprendre pourquoi deux tueurs à gage s’obstinent à lui nuire et à pourrir sa vie qui n’a vraiment pas besoin de ça.

Dix mois de cavale pour boucler la boucle, se défaire de tout ce qui gêne, et retourner à la case départ, la tête perdue dans un de ces petits bleus de la côte ouest, ce blues west coast qui lui ferait presque croire qu’il existe.

L’écriture de Manchette a le génie du quotidien, le désespoir serein. Aujourd’hui qu’explose le polar français, ayons une petite pensée pour les bâtisseurs. Presque dix ans après sa mort, l’œuvre de Manchette est plus que jamais l’élément fondateur. Pas seulement du polar, d’ailleurs, mais d’une certaine vision de l’absurdité du quotidien. La vie, c’est un genre de roulette russe. On la prend en pleine tête, et après, c’est chacun pour soi.



Catherine Le Ferrand







Les critiques du Goéland Masqué : "L'Enfant allemand"


Voilà que Camilla Läckberg nous revient avec le 5è opus des aventures d’Erika Fälk. L’auteur avait commencé sa carrière en surfant sur la vague Millenium et le premier volet consacré à son héroïne, La princesse des glaces, avait même reçu en 2008 le Grand Prix de Littérature Policière. Depuis, Erika Fälk a grandi, elle s’est mariée et reproduite, et de livre en livre, on prend des nouvelles de tout le monde.

Comme d’habitude, il est question de secrets de famille, mais il faut bien reconnaître que même au cœur de sujets aussi graves que la seconde guerre mondiale et les scories du nazisme dont l’Europe d’aujourd’hui peine parfois à se défaire, Camilla Läckberg a du mal a sortir de Tintin au pays des Bisounours. Ses personnages, au demeurant fort sympathiques et attachants, gagnent peu en densité au fil des tomes. Ils se contentent de divorcer, se marier, avoir des enfants et les nourrir avec des purées maison, fêter des anniversaires, prendre des congés parentaux et accessoirement, contribuer à résoudre quelques meurtres.

Le problème, c’est précisément qu’on s’attache. Même si on sait d’avance que l’écriture est convenue, la construction répétitive, les histoires tirées par les cheveux, on y retourne quand même, justement pour prendre des nouvelles ! On se laisse happer par un récit peut-être pas brillant, mais intelligent, et un sens du suspens indiscutable. Alors même si la recette est éprouvée, ça ressemble un peu à ces bombons trop sucrés, qu’on engloutit jusqu’à l’écœurement en sachant qu’on regrettera, mais sur le moment, c’est tellement bon !

Camilla Läckberg, L’enfant allemand (Tyskungen), 2011, traduit du suédois par Lena Grumbach, Actes sud, Coll. Actes Noirs.




Catherine Le Ferrand

dimanche 24 mars 2013

Les critiques du Goéland Masqué : "Clara et la pénombre"


Au début, il y a le miroir. Celui qui renvoie l’apparence ou laisse affleurer l’inconnu, obéit ou trahit. Celui qu’Alice franchit, délaissant le reflet pour son revers, un monde où rien n’est tout à fait comme on croit. De l’autre côté du miroir, puisque Alice veille, en exergue aux quatre parties du roman, de l’autre côté du miroir, l’art n’est plus impressionniste ou réaliste, il est hyperdramatique. Van Tysch en est le grand prêtre et le théoricien. Contrefaçons et détournements sont monnaie courante, dans le monde des marchands d’art où ces œuvres atteignent des valeurs défiant l’imagination. Le détail... les toiles sont humaines. Les œuvres sont peintes sur des corps apprêtés et enduits, livrés aux pinceaux et aux caprices de l’artiste. L’art a sa logique propre qui justifie ses dérives. C’est l’irruption du monde extérieur, qui fait exploser cette logique. Car les toiles sont détruites. Quelqu’un s’attaque à des originaux inestimables, les pièces maîtresses des expositions Van Tysch. Ou serait-ce un assassin, qui massacrerait des êtres vivants ? Quel est le prix de la vie face au marché de l’art ? Que reste-t-il d’humain dans une toile, quand l’enjeu est l’immortalité de l’œuvre ?

L’enquête policière dévoile peu à peu ce monde où les repères et la morale sont d’un autre ordre, lorsque certains humains vivent une vie d’objets. Si l’art est le reflet de l’âme, il est aussi la réponse au désir du public. Corps torturés, manipulés, contraints, magnifiés, sublimes. Corps de l’horreur aussi, dans ces "monstres" qui ne fascinent que par leur ambiguïté. Car tout est dans la pénombre, cet état de confusion que Clara semble incapable d’atteindre, à trop vouloir irradier sa clarté, Clara si claire qu’elle refuse la liberté à l’obscur qui est au fond d’elle-même. "La seule vérité est la pénombre", affirme Van Tysch qui ne conçoit que cette perte du réel où seule importe la perception, où la vérité est celle qui émerge dans la douleur, arrachée à cette pénombre.

Jose Carlos Somoza évoque, dans une de ses chroniques, un conte de Borges, Le miroir et le masque. Écrire, ce serait aller et venir entre le miroir qui reflète et le masque qui dissimule. Un miroir qui offrirait au lecteur son propre reflet derrière celui de l’auteur, un masque qui dissimulerait chacun à soi-même. Clara et la pénombre n’est rien d’autre que ce jeu de dupes, le reflet terrifiant de soi-même dont l’art fait son essence.

 


Catherine Le Ferrand






Les critiques du Goéland Masqué : Le poulpe

L'auteur, Jean-Bernard Pouy, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.



En matière de polar, on aime pouvoir compter sur son héros. On s’apprivoise, on finit par bien se connaître, avoir un peu les mêmes goûts. On passe deux ou trois heures ensemble, à l’occasion, le temps d’un TGV, il nous raconte ses dernières prouesses. Le Poulpe est de ces héros familiers. Il ne porte pas les costumes croisés de SAS, mange plus proprement que Béru, et ne piquera jamais sa tasse de thé à Miss Marple. Il est célibataire, mais un petit peu amoureux de Cheryl, tout de même, il a des potes, il aime la bière mais pas le vin et les jours de coup de blues, il se fait materner par Maria, la taulière du Pied de Porc à la Sainte Scolasse. Gabriel a une histoire, aussi, un peu lourde, celle-là. Une histoire de parents disparus dans un accident de voiture quand il était gamin. Une histoire qui a imprimé au fer rouge ce besoin de tribu, et cette terreur de l’attachement, puisqu’un revers de destin peut le rompre pour toujours. Le Poulpe vit à l’hôtel.

Indépendant, il ne doit rien à personne et n’en fait qu’à sa tête. Ses enquêtes sont celles qui habituellement passent aux oubliettes, la rubrique faits divers du journal, là où parfois certaines lectures le chatouillent d’un frisson qu’il connaît bien, et le jettent sur les routes, à la recherche de l’embrouille qui se cache derrière les trois lignes laconiques. Le Poulpe est un traqueur de nuisibles, animé par sa seule conception d’un monde juste et propre. L’escapade justicière terminée, il revient s’asseoir au Pied de Porc à la Sainte Scolasse, et reprend la lecture du journal.

Le personnage est né en 1995, sous la plume de Jean-Bernard Pouy. En cadeau de baptême, un cahier des charges. Le héros étant orphelin, tous les papas (et quelques mamans) sont les bienvenus. Au total, plus de deux cents titres et autant d’auteurs, le principe étant de faire tourner la carte blanche. L’aventure commence pourtant comme une pochade de lycéens, une variante de "t’es pas cap" à laquelle se mesurent les copains de la bande, Jean-Bernard Pouy, Serge Quadruppani, Patrick Raynal, Didier Daeninckx. Au fil des titres et du succès, écrire un Poulpe devient un must, et la liste s’allonge d’épisodes plus ou moins heureux, comptant même la version de Romain Goupil, échappé du cinéma, et celle de Cesare Battisti ! Entre temps, Gabriel n’y suffisant pas, Cheryl a pris du service et enquête pour son propre compte.

En 1998, le cinéma lui donne un visage. Ce sera celui de Jean-Pierre Darroussin, filmé par Guillaume Nicloux, le scénario restant l’apanage des pères biologiques, Pouy et Raynal. Jean-Bernard Pouy confie, avant la sortie du film : "C’est un objet un peu ailleurs et, en même temps, une version supplémentaire du Poulpe, une version cinéma qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que Patrick ou moi pensons du Poulpe mais avec ce que pense Nicloux du Poulpe." Et pourquoi pas ?

Depuis 2000, pour ne rien négliger, Gabriel Lecouvreur coince la bulle ! Douze albums BD sont déjà parus, certains directement propulsés au rayon collectors. Le Poulpe a évidemment un site internet, ou plutôt des sites, sur lesquels on peut trouver des biographies des personnages principaux, des interviews de Pouy ou Raynal, et même des produits dérivés !

Mais au départ, il y a le texte, et pour les néophytes, une seule règle : retourner aux origines, aux premiers récits, ceux qui posent les bases de la série et dessinent le personnage. Après, chacun reconnaîtra "son" Poulpe, dans cette débauche de signatures, mais après tout, c’est comme avec tous les vieux copains. Parfois, on ne voit pas le temps passer, mais certains jours, ils n’ont vraiment rien à raconter !



Catherine Le Ferrand



Les critiques du Goéland Masqué : "Le bar crade de Kaskouille"

L'auteure, Nadine Monfils, sera présente au 13e Festival du Goéland Masqué.


Depuis la projection lors du salon 2008 de Madame Edouard, tout spectateur averti de Penmarc’h sait que Nadine adore les bistrots. Elle nous le rappelle dès l’entrée de ce petit bijou d’une centaine de pages : "Les rades sont les hôpitaux de l’âme" or, celui de Lulu n’a, a priori, rien d’attirant. "Dans un bled paumé au milieu de nulle part", il n’est fréquenté que par quelques habitués tenus en liquido-dépendance par les ardoises du patron ; certes, il y eut un jour un car de japonais (enfin, sept ou huit en combi Toyota) mais la maladresse de Roger, le frérot "zinzin" (celui qui a "des nouilles dans la capote crânienne") ne fit rien pour la réputation des lieux. Dans cet improbable bistrot se retrouvent Rosalie, pochtronne et midinette qui aimerait, une fois morte, que ses cendres soient dispersées dans le jardin d’Adamo ; Marcel le boucher, tronche assortie à son tablier "couleur pinard" dont la femme, la grosse Fernande, est partie avec un marseillais (de Pigalle !)… ce qui fait le bonheur de Carmella , son frère travelo.

Un jour, un étranger débarque, ayant un rendez vous sur place ; si sa profession nous est vite révélée, il est "tueur à la carte", si son catalogue nous est assez tôt présenté, la mallette mystérieuse qu‘il transporte suscite très vite la curiosité des clients et surtout de Rosalie qui, bien que très imbibée ne se lasse pas de le questionner…

Ce 30e numéro de la Suite Noire dirigée par Jean-Bernard Pouy est, sans conteste, l’une des grandes réussites d’une collection (la meilleure aujourd’hui ?) qui regroupe déjà (presque) tous les grands auteurs du genre, habitués du Goéland Masqué (liste impressionnante à la fin de chaque ouvrage). Le petit ouvrage de Nadine Monfils est l’un des meilleurs car une fois de plus, humour noir et verve satirique se conjuguent avec les reparties les plus inattendues et les plus surréalistes. À déguster sans modération en ces temps difficiles.

« Santé ! »


  Roger Hélias







Les critiques du Goéland Masqué : "Jeux pour mourir"


La Seconde Guerre mondiale vient de se terminer. Géo-Charles Véran, ex-journaliste, consacre sa retraite à la protection de l’enfance. Jeux pour mourir, son unique roman, recevra en 1950 le Grand Prix de littérature policière. Dans ce roman des décombres d’une après-guerre pas toujours reluisante, où on exécute des enfants quand on ne les envoie pas au bagne, Géo-Charles Véran se fait la voix de ces vies en lambeaux que tout s’acharne à écorcher.

Belle vient de mourir. Assassinée dans la petite chambre qu’elle occupait, avec ses souvenirs d’une carrière de danseuse brisée d’un seul coup, et ses bijoux, pour avoir un bel enterrement, avec des fleurs. Les bijoux ? Il n’y en a plus. C’est pour ça qu’on l’a tuée. L’enterrement, il n’y avait personne pour le suivre. Quatre gamins chahutent le fossoyeur et investissent le corbillard pour se faire promener. L’Hérisson, le plus jeune, Mérou, La Fouine, et Cat, le chef. Ils traînent la fin d’une enfance trop courte entre le canal, le terrain vague, le lotissement et l’usine. Sans horizon, sans amour, ils ont parfois faim, souvent peur. Mais ils le savent, un jour, ils partiront. Ils prendront le train, le bateau, vers la vraie vie, "un monde où on ne sentirait pas la mort rôder autour de soi". C’est pour ça qu’ils ont tué Belle.

Du samedi au mardi, quatre jours vont suffire pour les faire basculer dans l’horreur, dans l’impensable engrenage d’un jeu dont ils ne connaissent pas les règles. Enfants perdus à la lisière d’une ville sans nom, hors du temps et du monde, ils ont parfois l’intuition de ce que pourrait être le bonheur ; un geste tendre, un mot d’amour, un mouchoir brodé qu’on garde au fond d’une poche, le souvenir d’un baiser. Mais la réalité est bien là, qui veille, qui rappelle les coups, la solitude, la dureté d’une vie où un "désespoir d’enfant" n’est qu’une amertume de plus.

Dans cet unique roman, publié en 1949, Géo-Charles Véran atteint les profondeurs de la détresse d’enfants sans repères, que la vie dirige droit vers l’horreur. Le clan qui leur sert de famille devient le système perverti qui hâtera leur chute. Une ville impalpable, un présent sans date, aucun effet de style dans cette écriture au scalpel qui dit la souffrance indicible d’enfants sans amour, que rien ne raccroche à la vie. Le drame se déroule, implacable, jusqu’à son issue, folle et inévitable.

Roman noir ? C’est peu dire. Roman des ténèbres, du désespoir, Jeux pour mourir est un objet rare, unique, une terrible et inoubliable descente en enfer.

Géo-Charles Véran, Jeux pour mourir, L’Atalante, 1989
À noter l’adaptation réalisée par Tardi chez Casterman en 1992



Catherine Le Ferrand






Prix du Goéland Masqué : les finalistes

Le jury du Prix du Goéland Masqué 2013 s'est réuni hier pour sélectionner les 3 livres en compétition. Aprés une discussion animée voire passionnée, le vote a donné les résultats suivants (par ordre alphabétique du nom d'auteur):  
                    
                      Et pourtant j'étais mort, de Xavier Couture (éd. J.C. Lattes) ;  
                     Arab jazz, de Karim Miské (éd. Viviane Hamy) ; 
                     Les hamacs de carton, de Colin Niel (éd. Rouergue noir).

Texte : Jean-Pierre Facq (coordinateur du Prix littéraire)

samedi 23 mars 2013

Les partenaires du 13e Festival du Goéland Masqué

Ville de Penmarc'h, Conseil général du Finistère, DRAC Bretagne, Région Bretagne, France Bleu Breiz izel, Intermarché Plomeur, Librairie Ravy, Le Télégramme, Neptune Distribution, Maison Larnicol, Le Poisson d'Avril, Comptoir de la mer de Saint-Guénolé, Compagnie Bretonne du poisson, ABC-Didier Poulard.



















  



 






 



  


 
  












vendredi 22 mars 2013

Les auteurs invités du 13e Festival : Dominique Sigaud

 

Dominique Sigaud

 

                                                        Photo : W.Rouff

Dominique Sigaud a gardé du journalisme indépendant le goût du couteau dans la plaie, qu'elle le manie en littérature blanche ou noire, et sans les gants !

                             La Vie là-bas comme le cours de l’oued (1996)
                             Blue Moon (1998)
                            The Dark Side of the Moon (2004)
                            Aimé (2006)
                            L’Inconfort des ordures (2007)
                           Franz Stangl et moi (2011)
                          Conte d'exploitation (2011)
   Dernier paru : Le Piège des loups, les 175 maisons de la Gestapo en France (2012)

Le blog de l'auteure :  http://sigaud.over-blog.org/

Prix littéraire : 8 bibliothèques bigoudènes à l'œuvre !

Pour la deuxième année, la présélection des premiers romans en compétition pour le Prix du Goéland Masqué est confiée aux lecteurs des 8 bibliothèques du Pays Bigouden Sud.
Des fiches d'appréciation sont à la disposition des lecteurs et chacun a la possibilité d'ajouter un commentaire, selon l'inspiration. Ce florilège regroupe les commentaires les plus percutants !
Attention ! Le gagnant fait forcément partie du lot !



mercredi 20 mars 2013

Les auteurs invités du 13e Festival : Gérard Streiff

 

Gérard Streiff

 

                                                                        Photo : Talou



Gérard Streiff décline tous les genres pour tous les publics, à condition que ce soit au service de son engagement. Son œuvre, toujours en prise avec l’histoire ou l’actualité, ne perd jamais de vue l’urgence du combat et s’attache à varier les formes et les publics !

                                         Le Cas G.B (2000), Le Poulpe
                                         Le Trésor de Staline (2010)
                                         Entourlooping (2013), avec Mateo Montesinos

Texte : Catherine Le Ferrand

Le site internet de l'auteur : http://www.gerardstreiff.fr/

Les auteurs invités du 13e Festival : Jean Failler

 

Jean Failler


                                                                                                         Photo : Talou
Jean Failler a longtemps été homme de mer avant de se laisser prendre dans les filets de l’écriture. Romans jeunesse, témoignages du passé, il alterne les genres mais c’est Mary Lester qui lui vaudra le succès et l’amour sans partage de milliers de fans.

                                                 Il vous suffira de mourir
                                                 Casa del amor
                                                Mammig
        À paraître en mai 2013 : Mary Lester n°39

Texte : Catherine Le Ferrand

mardi 19 mars 2013

Prix littéraire du Goéland Masqué 2013

Chut !
Le jury lit . . . . . . . . . 

                                                                               Photo : Talou
Jury présidé
par Jean-François Coatmeur

Les auteurs invités du 13e Festival : Christian Blanchard

   

Christian Blanchard 

 

                                                                                                        Photo : Talou

Christian Blanchard a commencé à faire des pâtés sur les plages des Côtes d’Armor. Puis il a jeté l’encre dans le Finistère pour se consacrer entièrement à l’écriture et à l’édition. Il arrêté les pâtés.

                                Le théorème du Singe (2007)
                                B.R.E.S.T. 2020 (2007)
                                La triade du bourreau (2008)
                                Parasite (2012)


Texte : Catherine Le Ferrand


Le site internet de l'auteur : http://www.leseditionsdubarbu.fr/auteurs.htm

Les auteurs invités du 13e Festival : Abdel Hafed Benotman

 

Abdel Hafed Benotman



                                                                                                        Photo : Talou

Fidèle du Goéland Masqué, Hafed Benotman pratique aussi l’autoportrait.Voilà le tableau ! « A.H Benotman né à Paris en 1960. Très jeune, dès l’âge de seize ans, l’état l’a pris en charge pour un voyage ulyssien dans les galères carcérales. Son goût pour la lecture et sa passion de l’écriture ont foutu en l’air une grande, belle et prometteuse carrière criminelle. Son écriture qui va du poème au roman via la nouvelle et le théâtre se base sur ses rencontres pour rendre «contes».

                               Éboueur sur échafaud (2003)
                               Les poteaux de la torture (2006)
                               Marche de nuit sans lune (2008)
                               Coco (2012) Illustré par Laurence Biberfeld


Texte : Catherine Le Ferrand

lundi 18 mars 2013

Les auteurs invités du 13e Festival : JF Coatmeur


Jean-François Coatmeur

 
Photo : Talou


Est-il encore nécessaire de présenter Jean-François Coatmeur ? Il suffit peut-être de dire qu’il a consacré sa carrière à l’enseignement des lettres classiques, et le reste est littérature ! Une littérature qui compte tout de même à ce jour plus de 25 titres, et qui n’empêche pas son auteur de s’investir pour d’excellentes causes, comme la présidence du jury du Prix du Goéland Masqué !


                                           Tous nos soleils sont morts (2002)
                                           La fille de Baal (2005)
                                          Une écharde au coeur (2010)
                                          L'ouest barbare (2012)


Texte : Catherine Le Ferrand

Le site internet de l'auteur : http://jean-francois-coatmeur.fr/ 

dimanche 17 mars 2013

Le billet de Roger Hélias : À propos du roman noir italien... 1

                                                                                           Photomontage : Talou
                 

 Bologne, Sarti Antonio, Macchiavelli et le giallo....

Prenez le cadre habituel du polar : une ville,  non pas de carte postale faite pour attirer le touriste , mais une ville au coeur des intrigues les plus complexes "qui sait parfaitement bien cacher ce qu'elle ne veut pas montrer" et  où "personne n'entend rien, personne ne voit rien"(1)
Ajoutez y un héros: flic,  insomniaque, "souffrant de colite d'origine nerveuse" et qui, comme sa copine la Blonde,  est "obligé d'exercer un métier pour lequel il n'est pas fait" (2)
Vous aurez ainsi deux des grands ingrédients du genre, magnifiés par le talent d'écrivain de Loriano Macchiavelli . D'abord homme de théâtre, il n'est pas devenu par hasard écrivain de romans à partir de 1974, au moment où la ville de Bologne, comme la plupart des autres grandes villes universitaires et ouvrières italiennes étaient plongées dans les "années de plomb". Si le "giallo", né en 1929,  a connu une évolution décisive vers la noire , il le doit en grande partie à Macchiavelli . La genèse a duré une quinzaine d'années jusqu'à ce que, en 1990, naissait à Bologne le "Groupe 13",  libre association d'auteurs pour la promotion du genre, parmi lesquels Carlo Lucarelli, dont le premier roman parait cette même année (3). En 1991 parait chez Metrolibri un recueil de nouvelles "les crimes du groupe 13", première anthologie du genre (4)
Le grand mouvement est lancé. A partir de Bologne et sur tout le territoire, il s'inscrit dans les multiples réalités régionales et, tout en restant fidèle au grand public, il impose ses codes narratifs en questionnant les nombreuses zones d'ombre de la péninsule.
                                                                                                         (A Suivre)

(1) Les souterrains de Bologne ( édition italienne 2002) Métailié 2004
(2) Bologne, ville à vendre ( édition italienne 1979) Métailié  2006
     Pour les deux ouvrages : traduction française de Laurent Lombard
(3) Carte Blanche (Gallimard  1999). Traduction française : Arlette Lauterbach
(4) Les crimes du groupe 13 (Tram' éditions 1998)